La terre s’était arrêtée de trembler et le data center retrouva peu à peu
l’atmosphère feutrée et bourdonnante qui était la sienne. La secousse m’avait
jeté au bas de la plate-forme et j’avais eu l’occasion d’observer de plus près
ce joli enchevêtrement de câbles qui caractérise l’environnement de l’île.
J’essayais de m’extirper de ce fratras mais après plusieurs essais désespérés,
je dus me résoudre à attendre l’aide de Fiioul pour retrouver enfin le plancher
des pingouins.
“Mais qu’est-ce que c’était ?!?!? demandais-je d’une voix chevrotante.
(1)
- C’était............. EUX !!! *Tin-Tin !!!!* (2)
- Eux
- Oui... Ceci est l’oeuvre de nos ennemis. Nous ne savons pas qui ils sont
mais cela ne leur suffit plus d’attaquer nos serveurs, ils nous attaquent aussi
physiquement... Et là non plus, nous ne savons pas comment ils procèdent pour
faire trembler notre île...
- Avec un marteau géant peut-être chuchotais-je.
- Tes lèvres bougent mais je ne comprends pas ce que tu dis.... m’interrogea
mon guide d’un air intrigué.
- Non, non, rien... Je réfléchissais tout haut....
Et alors que je cherchais à réorganiser mes pensées qui avaient été aussi
secouées que l’avait été le data-center, l’entrepôt perdit de nouveau sa
relative sérénité. Le mugissement d’une sirène d’alarme entama son mélodieux
chant avant d’emplir l’air de toute sa mélodie tandis que les lumières
s’éteignirent, remplacées par la rouge et clignotante lueur de l’éclairage de
secours.
Aussitôt l’armada de pingouins qui soignait le serveur convalescent fut pris
d’une fièvre que je n’aurais jamais pu imaginer au vu de l’importance de leurs
postérieur. Ils sautaient de rack en rack, vérifiant l’état de chaque serveur.
Fiioul participaient également à l’inspection, la capuche volant vaillamment à
sa suite. Moi, j’attendais circonspect.
Rapidement, la tournée fut achevée et toute l’équipe se regroupa autour de
mon guide. L’un des pingouins qui devaient être le chef (car grâce à mon
extraordinaire faculté d’analyse, j’avais remarqué qu’il semblait le moins
fatigué !), s’avança alors devant Fiioul et lui tint à peu près de
langage :
“Couin ! Coooouuuinnn !!! Couin ! Couin ! Couin !
CCCCOOOUUUIIIINNNN !!!!!!
- Nom de Saint Linus Benedict Torvalds ! cria Fiioul en se frappant le
front. C’est la capitale qui est touchée !!!
Il se précipita alors à l’extérieur, m’aggrippant au passage et me traînant
presque dans son sillage. Nous courûmes comme des dératés dans les ruelles de
la ville qui semblaient étrangement calme, jusqu’à atteindre le centre de la
capitale.
La scène qui s’offrit alors à nous était surréaliste... Le tremblement de
terre avait eu pour effet de sectionner de nombreux réseaux sur lesquels
s’affairaient déjà des pingouins-ouvriers. Mais malgré la vigueur avec laquelle
ils oeuvraient, la tâche s’annonçait rude et longue et pendant ce temps-là les
réseaux secondaires étaient mis à forte contribution. L’essentiel des besoins
des geeks était assuré tant bien que mal, mais il était en l’état impossible
pour les habitants de vivre une vie normale. La ville était en ruine !
Au milieu de ce chaos, je vis déambuler le petit Kévin en pleurant, une
souris débranchée à la main, “Y zont cheatés ! Y zont cheatés !” braillait
il. De nombreux habitants erraient eux aussi dans les décombres, à la recherche
de leur pingouin dont ils avaient été séparés au moment de la secousse. Qui
sait quand ils se retrouveraient ? Et comble de l’épouvante, les no-life
avaient quitté leur forêt, les yeux encore plus fousq u’à l’accoutumée et
scandant en choeur : “RESEAU ?!? RESEAU ?!?”. Seul le publicitaire ne
semblait pas réellement affecté par tout ce tumulute, sirotant son expresso
comme à l’habitude. Mais lorsqu’il croisa mon regard, je vis le sien devenir
humide... “Va falloir que je me trouve un vrai métier maintenant...”
lâcha-t’il...
Cette scène d’apocalyspe me remplit d’effroi et d’incompréhension. Qui
pouvait donc en vouloir à ce peuple si pacifique ?... Je n’eus guère le temps
d’y réfléchir, car Fiioul me saisit alors par l’épaule. “Prépare-toi ! et
vite ! Nous partons dans une session...”
.../...
(1) Le tremblement de ma voix était bien évidemment du au fait d’avoir
respirer toute cette poussière soulevée par le tremblement de terre. Le courage
d’un reporter n’est en effet jamais à remettre en doute et les data-centers
sont des lieux fort mal balayés.
(2) Effet sonore peu parlant à l’écrit mais destiné, en réalité, à
l’adaptation cinématographique de ce feuilleton. A noter que cet onomatopée
doit normalement s’accompagner d’un plissement énigmatique des yeux de
Fiioul...