Bravement, Fiioul et moi nous étions engagés à la fin du jour dans la jungle qui couvrait la presque totalité des hauteurs de l’île. Nous marchâmes seulement quelques heures car le soir tombait vite et l’obscurité était renforcée par l’épaisseur de la végéation. Les arbres n’étaient pas très hauts mais leurs magistrales ramures s’entremêlaient les unes aux autres d’une façon inextricable .

Nous nous arrêtâmes finalement près d’un étang, sous le couvert d’un arbre au tronc énorme. Je pensais d’abord à un baobab mais ma science sylvicole écartait rapidement cette hypothèse ; il n’y avait pas de girafe sur l’île, donc il ne pouvait y avoir de baobabs... CQFD. L’écorce était d’une couleur orangée et son odeur ne m’était pas étrangère. Un cacaotier peut être... Ou du tek...

Je fis alors part de mes suppositions à Fiioul qui avait jeté la tente, celle-ci s’étant déployée dans une magnifique courbe aérienne avant de se poser délicatement sur le sol, telle une feuille morte confortablement et gracieusement offerte par les magasins de sport les plus renommés du pays (1). Je le vis redresser la tête, l’air presque interloqué et je savourais intérieurement son étonnement devant tant de sapience arboricole.
“Mais pas du tout !!!... C’est une carotte ! s’exclama-t’il.
- Une carotte !! De cette taille hurlais-je presque, de surprise.

Mais rapidement mon étonnement retomba et je repis alors d’un air suspicieux...
“Ouais, ouais, ouais... C’est ça ouais... Et à côté c’est un poireau géant ? dis-je en désignant un bosquet tout proche.
- Oh non, ça c’est un topinambour... me répondit-il . Mais je comprends ton incrédulité. Il n’y a que sur Geek-Island que les légumes atteignent cette taille.

Je m’approchais alors de l’arbre et l’examinait de plus près. Il était vrai qu’il présentait une ressemblance certaine avec cet ombellifère charnu si riche en carotène.
“Mais comment serait-ce possible ?
- C’est tout simple. Personne ne mange de légumes ici. Les geeks se nourrissent exclusivement de junk-food que nous importons directement de Ronaldland notamment. Et pour les pingouins, ils ne mangent que du poisson, comme tu ne l’ignores pas...
- Ouais mais quand même...
- Bah, tu sais, voilà des centaines d’années que les légumes vivent en paix ici, à l’abri des chèvres et des lapins, sur un sol volcanique riche en nutriment qui plus est...
- Waouh.........

Après ce succint cours de botanique, nous continuâmes à installer le camp, préparant le feu et la pitance du soir. Devant les flammes crépitantes, Fiioul m’en dit alors un peu plus sur l’objet de notre expédition. La mémoire externe vers laquelle nous nous dirigions était en réalité une abbaye de copistes où était détenue l’ultime connaissance geekienne... L’abbaye Kernel !!! Fiioul lui-même ne savait pas ce qu’il pouvait y avoir là-bas. Nous discutâmes encore un peu avant que le sommeil ne nous pousse à rejoindre la tente.

C’est très tôt que nous nous réveillâmes le lendemain. Il était cinq heures du matin. Par dessus l'étang, soudain j'ai vu passer les pingouins sauvages.... (2)

Après avoir rassemblé nos affaires, Fiioul regarda alors autour de lui avant de choisir sans hésiter quant à la direction à prendre se mettant aussitôt à jouer du coupe-coupe avec habileté.
“Diantre ! Tu me sembles connaître la jungle aussi bien que les réseaux de la ville ! m’écriais-je d’admiration.
- Hein ? Que dalle... Je n’ai jamais mis les pieds ici... Je me contente de suivre le câble, il mène directement au monastère, lâcha-t’il en me désignant un câble identique à ceux qu’on pouvait voir en ville et qui serpentait à travers les arbres (et de façon très très discrète, je tiens à le préciser, auquel cas son existence n’aurait pas pu m’échapper...).

Une nouvelle journée de marche se présentait devant nous.

(1) Désolé, mais la subsistance de ce blog vaut bien de sacrifier un peu à la publicité...
(2) http://www.dailymotion.com/relevance/search/le%2Bchasseur%2Bdelpech/video/x3c2sl_michel-delpech-les-oies-sauvages_fun